Beckmann

L'art de Max Beckmann (1884-1950) fascine encore
de nos jours en ce qu'il exprime une réaction sensible
et courageuse aux grands bouleversements de
son époque, depuis le déclin de l'Empire allemand
jusqu'au national-socialisme et à la guerre de Corée.
Avec cette monographie abondamment illustrée,
Uwe M. Schneede nous livre la première exégèse
globale de l'oeuvre et de la vie de Beckmann depuis
plus de trente ans. Ce faisant, il est le premier à
placer toujours au premier plan le noyau historique
et autobiographique des tableaux de Beckmann.
Le peintre, finalement qualifié de «dégénéré» par
les nationaux-socialistes et poussé à l'exil, avait déjà
souffert dans son propre corps de la Première Guerre
mondiale et des crises de la République de Weimar.
Schneede montre comment ces expériences se
traduisent de manière condensée dans ses tableaux.
Il analyse les moyens picturaux que l'artiste a mis
en oeuvre dans les différentes phases de son travail
pour interpréter son époque à sa façon si originale.
Pour cela, l'auteur, familier des écrits de Beckmann,
a eu accès à des journaux et des correspondances
tardifs, de l'artiste et de sa seconde épouse, Mathilde
(«Quappi»), qui n'avaient jamais été publiés
jusqu'ici. L'un des thèmes majeurs de son oeuvre,
insiste Schneede, est la liberté dans l'absence effective
de liberté, l'opiniâtre affirmation de soi à travers l'art
dont témoigne sa magnifique galerie d'autoportraits,
et un attachement vital et sensuel à la vie - jusque
dans la crudité et le grotesque révélés par les cernes
noirs nés de la tragédie de la guerre. Sa tentative
visant à introduire la peinture d'histoire dans l'âge
contemporain traduit l'exigence d'une représentation
complète du monde, dans sa cruauté comme dans
sa beauté. Il s'inspirait davantage des maîtres anciens
que de l'avant-garde, tout en étant un novateur.
C'est ce que développe l'auteur, pour qui l'art
de Max Beckmann est une synthèse en grand
format, en format grandiose, de la modernité
avec ses contradictions.