Français et Japonais en Indochine (1940-1945) : colonisation, propagande et rivalité culturelle

Durant la Seconde Guerre mondiale, les colonialismes français
et japonais se sont croisés en Indochine. Profitant de la défaite de la
France en Europe, le Japon prend pied en Indochine en 1940. Celle-ci
présente alors deux particularités : elle est d'abord la seule colonie en
Asie du Sud-Est où le Japon laisse en place une souveraineté occidentale,
en totale contradiction avec «l'émancipation de l'Asie» qu'il professe
pourtant largement. C'est en second lieu dans cette colonie, la plus
éloignée de la France, que le régime de Vichy se maintient le plus durablement,
même après son effondrement en métropole.
Les Français, qui ont colonisé l'Indochine 80 ans plus tôt, et les
Japonais, nouveaux occupants asiatiques, y coexistent ainsi pendant
cinq ans, se partageant ses richesses et bénéficiant de conditions matérielles
privilégiées et d'une situation pacifique exceptionnelle alors que
partout ailleurs la guerre fait rage.
Cet ouvrage analyse la manière dont la présence franco-japonaise
s'est traduite dans la vie quotidienne des différentes populations et comment
elle s'est manifestée à travers la propagande et la politique culturelle.
C'est en effet dans le domaine culturel que l'on peut le mieux
observer les manoeuvres intenses et subtiles déployées par les Français
et par les Japonais pour tenter d'exercer une plus grande influence sur
les populations autochtones. Les deux puissances occupantes agissent
toujours en tenant compte l'une de l'autre afin d'éviter les conflits
ouverts, mais cette cohabitation fragile, qui masque tant bien que mal
les rivalités existantes, se brisera brusquement avec le coup de force
japonais du 9 mars 1945.