Action poétique, n° 195

Île de la Madeleine, Québec, soupe avec
beaucoup de poissons
Nous sommes dans le Québec maritime, trois
mille kilomètres de littoral, et à l'heure de
l'Océan Atlantique, avec un décalage horaire
d'une heure, en plus, par rapport à Montréal.
Un fleuve, le Saint Laurent, venu des grands
lacs, un estuaire, un vaste golfe, presque
fermé par La Terre Neuve, des détroits, des
presqu'îles, des archipels, des îles...
Et, donc, dans le golfe, tout comme la
presqu'île de la Gaspésie, les îles de la
Madeleine («les îles balayées par les vagues»,
selon les Indiens MicMac - de langue algonkin)
et dont les habitants, longtemps, ont en
partie vécu sur les épaves des naufrages !
Des îles, et le homard, le pétoncle, le crabe des
neiges (un crabe des profondeurs), la morue,
les plies, le maquereau, le hareng, le sébaste
(un voisin de la rascasse), le requin, l'éperlan,
les moules, les coques, les huîtres, les
palourdes...
Où se célèbrent aujourd'hui le pot en pot aux
fruits de mer, une sorte de «bouillabaisse», et
des soupes..
Le pétoncle , le bord de sa coquille comporte
de nombreux petits yeux, avec lesquels il se
dirige et repère ses ennemis. Sa noix, excellente,
se retrouve en bouchées, coquilles,
sauces et accompagnements divers, et dans
quelques soupes. Elle peut se comparer à celle
de la coquille Saint Jacques, une partie
blanche, le muscle, et un corail génital. Le
pétoncle consomme les fragments végétaux
en suspension dans l'eau. Il fréquente des
mers très différentes. On le nomme souvent
«vanneau».
Le homard , le plus corpulent, le plus riche en
saveur, le plus recherché (et le plus cher) des
crustacés. Le coffre présente une chair
blanche, ferme, facile à extraire, il renferme
également un corail crémeux, excellent pour
les liaisons. Plusieurs paires de pinces, très
charnues, certaines équipées de dents coupantes,
d'autres de dents broyeuses. Il peut
vivre près de cinquante ans, un record, en mer !
Il permet, à table, comme la langouste, toute
une mise scène souvent appréciée (le tablier,
la pince à couper les pinces, la fourchette à
une seule dent, mince, pour extraire les
chairs, le rince doigts..)
La recette
Pour quatre à six personnes, faire revenir,
dans trois cuillerées à soupe de beurre, cinq
cuillerées à soupe de poivron vert en dés, la
même quantité de céleri en dés, la même
quantité d'oignon émincé, une livre de
tomates nettoyées, concassées, avec tout le
jus, un peu de concentré de tomate et les
pattes d'un homard.
Laisser mijoter une quinzaine de minutes.
Mouiller avec un large litre de fumet de poissons.
Assaisonnement.
Ajouter cent cinquante grammes de filet de
sole en dés, cent cinquante grammes de
morue dessalée, en morceaux, cent grammes
de pétoncles débarrassés de leurs coquilles,
cent grammes de chair de homard en dés.
Laisser à nouveau mijoter une dizaine de
minutes.
Avant de servir : persil et ciboulette hachées.
La Gaspésie
Et, dès le lendemain, après une courte ballade
en bâteau, et quelque difficulté dans la
conversation, arrivée au Parc Provincial de la
Gaspésie, référence majeure de ce Québec des
bords d'un océan, une presqu'île au long du
fleuve Saint Laurent, avec, en son centre, le
prolongement de la chaîne des Appalaches, et
dont les côtes seules sont vraiment habitées.
Et d'autres poissons en soupe, avec, au
départ, quelques dés de poitrine salé dans
une poêle sèche, un mélange de filets de
maquereaux crus, de morue dessalée, de crevettes,
de pommes de terre et de lait...
Roboratif, et pourtant délicat.