Le cardinal Malula et Jean-Paul II : dialogue difficile entre l'Eglise africaine et le Saint-Siège

Le cardinal Malula et Jean-Paul II : dialogue difficile entre l'Eglise africaine et le Saint-Siège

Le cardinal Malula et Jean-Paul II : dialogue difficile entre l'Eglise africaine et le Saint-Siège
Éditeur: L'Harmattan
2005552 pagesISBN 9782747594547
Format: BrochéLangue : Français

Quand l'on parle de l' inculturation en matière liturgique et des rites inculturés en Afrique, l'on

pense spontanément au «rite zaïrois» et à l'un de ses plus éminents initiateurs, le cardinal Joseph-Albert

Malula, archevêque de Kinshasa. En effet, approuvé par le Saint-Siège le 30 avril 1988 sous

la dénomination de «Missel romain pour les diocèses du Zaïre», ce rite de la célébration

eucharistique, dit «messe zaïroise», a constitué son principal cheval de bataille.

Ce livre décrit le combat pour une «Eglise africaine» de cet évêque hors du commun, qui

commence vers 1953, sept ans après son ordination sacerdotale. En juillet 1959, Malula est nommé

évêque auxiliaire de la capitale. A cette occasion, il promet de constituer «une Eglise congolaise

dans un Etat congolais» , «une Eglise qui, explique-t-il, revêt un visage vraiment congolais, dans

son expression théologique et philosophique, dans l'évangélisation et également dans sa liturgie.

Il faut que les valeurs congolaises, les valeurs africaines soient insérées dans la liturgie, afin que

le peuple comprenne de quoi il s'agit, quelque chose qui prouve que l'Eglise c'est leur Eglise, et

pas quelque chose d'importé. Mais, au contraire, que c'est quelque chose d'incarné». Ce sera le

programme de sa vie.

De 1962 à 1965, Malula participe activement au Concile Vatican II, comme (le seul Africain)

membre de la Commission liturgique. Ce Concile, qui appelle à l'aggiornamento de l'Eglise et

notamment à la restauration liturgique, constitue pour lui une «véritable révolution copernicienne».

Il l'évoquera pour concrétiser son grand projet d'inculturation, dont les premiers fruits tombent, en

1967, avec l'apparition des religieuses «authentiquement africaines» (s'habillant notamment en

pagne) et, en 1975, avec la mise en oeuvre de la «messe en rite zaïrois» et l'installation des

bakambi , des laïcs mariés à la tête des paroisses. C'est à partir de 1980 que Jean-Paul II découvre

ces innovations, et en discutera longuement et passionnément avec Malula (à Kinshasa et à Rome).

Si le «rite zaïrois» obtient l'indult romain, le «phénomène bakambi » n'est pas toujours

reconnu par le Saint-Siège, même s'il semble être toléré. Jusqu'à sa mort le 14 juin 1989, le

cardinal Malula se battra pour la reconnaissance de cette grande idée, ainsi que pour d'autres, dont

celle de convoquer un Concile africain pour procéder à l'évaluation et à la fondation définitive du

«christianisme africain». Mais Jean-Paul II lui opposera un banal Synode romain pour l'Afrique...

Relativement aisé avec Paul VI, qui invitait les évêques du Continent noir à fonder un

«christianisme africain», le dialogue n'est donc pas facile entre Malula et Jean-Paul II, entre

l'«Eglise africaine» et le Siège apostolique. Pour Jean-Paul II, "le rite chrétien doit garder son

lien substantiel avec la liturgie catholique, universelle" ; les Africains doivent éviter de se refermer

sur eux-mêmes, de "se laisser constituer une philosophie et une théologie de l'«africanité» qui

seraient uniquement autochtones" et dans lesquelles "le christianisme ne serait plus qu'une

référence verbale, un élément artificiellement surajouté".

Après la mort du fondateur de l' Eglise africaine , celle-ci sera quelque peu «malmenée» par

Rome, qui ne trouvera pas en face d'elle, pour lui résister, un homme énergique de la trempe du

défunt, capable de tirer la locomotive africaine...

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