Magari

«Tout le monde dit que la famille, c'est sacré. En regardant
celles qui vivent dans le quartier, à Rome, je me dis que ça
doit être vrai. À chaque étage, il y a des cris, des embrassades,
des rires, de la musique. Chez nous, on ne s'embrassait pas,
ça gueulait politique et j'étais toujours tenu à l'écart.»
En sortant dans la rue ce matin-là, Lorenzo sent gonfler en
lui toutes les promesses de l'été, de l'avenir. Alors il traverse
sans faire attention. Et ne voit pas la voiture qui surgit au
même moment... Étendu sur le bitume, Lorenzo remonte
le fil de sa vie. Celle d'un jeune Romain qui a grandi écartelé
entre l'intransigeance d'un père communiste ultramilitant,
les migraines d'une mère rongée par un drame familial et
l'amour d'un grand-père cachant tant bien que mal son
passé mussolinien.
De l'assassinat d'Aldo Moro à l'avènement des années
Berlusconi, un parcours chaotique marqué par ce sentiment
d'incertitude et de résignation, mais aussi de désirs et de
rêves enfouis qu'exprime le mot magari («si seulement...»),
tel un état d'âme qui se décline à l'infini.