Ce pays qu'on abat : chroniques 2009-2014

«Ces chroniques, au fil des semaines, ont tenté de s'extraire des
petites guerres picrocholines, de l'analyse politique transformée
en commentaire sportif ou guerrier (Untel a fait un croche-pied
à Machin, qui a planté un poignard à Truc) pour mettre en oeuvre
ce qui sans doute manque le plus aux débats qui nous animent : la
cohérence de pensée.
Peut-on déplorer le chômage de masse et appeler de ses voeux
l'ouverture des frontières à une mondialisation qui nous met en
concurrence avec des pays dépourvus de droits sociaux ?
C'est qu'ils sont nombreux à vivre de ces postures. Toute une partie
de la gauche autoproclamée, par exemple, qui s'invente le diable
pour faire oublier qu'elle a depuis longtemps abandonné l'électorat
populaire. L'ouvrier ne rapporte plus rien, lui qui a l'outrecuidance
de mal voter. Et l'on se sent quelqu'un de bien parce qu'on dénonce
l'inacceptable, le racisme, le fascisme. Tout en favorisant ce qui les
fait fructifier. Dans ce jeu de dupes, les uns et les autres poursuivent
un intérêt commun : éviter que n'émerge une véritable alternative
qui ne soit pas de ces extrêmes en forme de repoussoir.
C'est tout cela que racontent ces chroniques. L'état idéologique de la
France, le récit des petits abandons qui font les inexorables défaites.
Car si ces mécanismes ne sont pas inversés, le vol noir des corbeaux,
dont nous ne saurions même prédire quels ils seront, reprendrait
alors son ballet mortifère.»