Le plébéien enragé : une contre-histoire de la modernité de Rousseau à Losey

Face aux promesses trahies de l'«idéal démocratique», le plébéien est
celui qui s'acharne à en demander les comptes. Au cours de deux siècles
d'odes vibrantes au Progrès, d'hymnes à la Science, à l'Humanité une
et indivisible, il est ce subalterne ombrageux, ce lutteur infatigable
qui s'active en faveur de l'égalité, contre les logiques inflexibles de la
reproduction sociale. Figure politique de la modernité, il perpétue,
des premiers temps du salariat à l'ère du capitalisme mondialisé, le
différend sans issue entre le serviteur et son maître. Du calme apparent à
la violence enragée, son activisme contre les fondements prétendument
naturels de l'ordre établi épouse les soubresauts de l'Histoire.
Dans cet essai, Alain Brossat poursuit la généalogie de cette figure
entreprise en 2003 dans Le serviteur et son maître , pour en explorer,
cette fois, la face sombre. Contre une certaine tendance à la dépolitisation
des enjeux littéraires, il se propose ici d'étudier, dans toute
leur épaisseur politique et historique, les figures romanesques ou
cinématographiques du Jean-Jacques des Confessions , du Julien Sorel de
Le Rouge et le Noir , du démoniaque Heathcliff des Hauts de Hurlevent ,
de Mellors, le garde-chasse de L'Amant de lady Chatterley , de Barnett,
le valet de The Servant , le film de Joseph Losey, et de quelques autres
plus récentes. Ce faisant, il ouvre la lecture de ces classiques à une
véritable contre-histoire de la modernité.