Théophagie et formes polynésiennes

Dans cet ouvrage, l'auteur rouvre le dossier énigmatique de la théophagie en
recherchant une véritable «esthétique compréhensive» de l'archaïque. Il est
alors obligé d'éclairer de nouveau quelques fameuses complexités de Marcel
Mauss, Freud, Jung, Lacan ou Derrida. Des profondes obscurités du sacrifice
humain aux mascarades du deuil primitif, du mana aux formes des marae, cet
ouvrage en vient à bousculer l'enfermement idéologique de l'anthropologie
officielle, un peu à la manière de Jacques Derrida, dont Patrick Gérard Debonne
finit par élargir ici la théorie de l'Archétrace, en la reliant aux conceptions de
Jung et aux travaux de Joly. «Vous devez avoir raison» lui écrira Derrida avant
de mourir. Et, en effet, penser la cruauté humaine, le rapport humain au temps
ou la dette psychique et ce que l'on appelle «l'attente», les rapports du Don et
du Sacrifice, tout cela cet ouvrage le tente selon des voies multiples, dans le but
de saisir ces curieuses formes polynésiennes, pour comprendre enfin qu'on peut
repérer des liens étranges entre la douleur et l'inscription de la pierre, le trait
humain et quelques-unes de ses genèses dans des pétroglyphes oubliés depuis
des décennies. D'ailleurs, que savons-nous en vérité des premiers Polynésiens ?
En guise de viatique, on leur a prêté une belle, mais confuse, conquête du
Pacifique et quelques théories du tabou ou du mana, oubliant les antiques
«leçons du sang» pour les faveurs de quelques clichés limités, récents et
héroïsés, politiquement nettoyés et aveuglés par des rengaines de mythes ou
d'histoires de propagande fabriquée selon les besoins du narcissisme culturel.
Désormais, «l'ethnophile» est prié d'oublier le politiquement incorrect. Et si
ces quelques pétroglyphes, que l'on avait classés pour ne plus les voir,
redeviennent intempestifs et méritent de corriger bien de fausses certitudes, on
pourra dire comme Gauguin : «L'aventure aura été belle...»