Haine et politique en Corse : l'affrontement de deux hommes au temps de la Révolution française : 1780-1800

En janvier 1785, Stefano Monti écrit à Fabiano Bertola, son ancien
élève, une très longue lettre emplie de verve et de fureur. Dans ce
texte truculent, la présence insistante de la sexualité se mêle à des
considérations économiques et sociales cruelles sur la famille du jeune homme.
Une fois venu 1789, les deux hommes s'engagent en première ligne dans les
partis opposés de la Révolution française. Cette lettre exceptionnelle et les
événements révolutionnaires où Stefano et Fabiano sont emportés offrent à
l'historien l'occasion d'observer au microscope la politisation de l'intime.
Ces deux personnages, nés dans la Corse du XVIII<sup>e</sup> siècle, incarnent la
violente opposition entre une démarche vertueuse, sensible à la simplicité des
moeurs, chère aux républicains, et le modèle du raffinement et de l'efféminement
«aristocrate». Alors que, dans ces années, les frontières entre les hommes et
les femmes s'affirmaient, renvoyant pour longtemps les femmes à la maison
et à leur rôle de mère, la naissance d'un modèle d'homme raffiné, attaché à la
proximité des femmes, allait se mêler à l'histoire du politique.