Sur une génération perdue : les écrivains de Bordeaux et de la Gironde au début du XXe siècle

sensibles au temps qui fuit, aux époques qui s'achèvent,
les écrivains bordelais du
début du XX<sup>e</sup> siècle ont su
transmettre toute la sincérité de leurs passions juvéniles.
Près de quarante ans après la première édition de cet ouvrage pionnier de
Michel Suffran, la même émotion jaillit toujours de ces pages et de ces visages,
désormais confiés à d'autres lecteurs. Les textes, un à un, se répondent et éclairent
à l'infini les propos lucides, jetés vers l'avenir, de l'un de ces auteurs,
Georges Pancol, mort en 1915 :
«Des garçons et des filles (...) nous ressemblaient, ils nous ressembleront ; ils
étaient et ils seront jeunes comme nous le sommes ; ils ont eu, ils auront peut-être
la couleur de nos yeux ou de notre bouche, la forme de nos lèvres, nos attitudes,
nos gestes, quelques unes de nos pensées et beaucoup de nos désirs.
Mais ils ne seront pas nous.»
Beaucoup de ces garçons et de ces filles ont été fauchés dans la fleur de l'âge
ou profondément meurtris par la Première Guerre mondiale, certains sont
morts sur le champ d'honneur, d'autres y ont laissé leurs derniers espoirs.
Aujourd'hui encore, cette génération de l'enfance d'un siècle reste mal
connue : mis à part François Mauriac, Jacques Rivière ou Jean de la Ville de
Mirmont, récemment redécouvert, l'écho de ces jeunes voix trop tôt disparues
se perd dans le tumulte des pages et du temps. Ensemble pourtant, affectueusement
réunis et présentés par Michel Suffran, ils disent les attentes, les
émois et les regrets d'une époque, ils livrent avec sensibilité des visions et des
espoirs que l'histoire n'aura pas exaucés, ils proclament leur foi inébranlable
en leur plus fidèle alliée, la poésie.
Cette nouvelle édition du plaidoyer de Michel Suffran (augmentée de correspondances
et d'un entretien inédit avec François Mauriac) s'imposait donc,
poursuivant l'indispensable travail de reconnaissance d'un patrimoine littéraire
bigarré, inattendu, intense