Economie politique (L'), n° 35. L'OMC a-t-elle un avenir ? : les réponses d'experts français, américains, indiens, brésiliens et d'Oxfam

Faute d'accord, Pascal Lamy, le directeur général de l'Organisation
mondiale du commerce (OMC), avait suspendu en
juillet 2006 les négociations commerciales internationales
du cycle de Doha. Un an après, en dépit de la reprise d'une
grande offensive diplomatique étendue sur plusieurs mois,
le voilà revenu au même point : toujours pas d'accord. L'OMC
va-t-elle survivre à ces échecs répétés ? A priori , oui.
De tous les experts rassemblés dans ce numéro, en provenance
des acteurs politiques qui comptent le plus dans la
définition de la gouvernance commerciale mondiale - le Brésil,
les Etats-Unis, l'Inde et l'Union européenne -, sans oublier
l'ONG Oxfam, aucun ne souhaite voir disparaître l'OMC. Mais
tous se retrouvent pour fixer comme condition d'efficacité des
transformations politiques tellement exigeantes que l'on peut
légitimement se demander si l'OMC ne va pas simplement
faire de la figuration sur la scène mondiale.
L'OMC ne pourra en effet peser pleinement sur la régulation
du commerce mondial que si, d'après tous ces experts, elle
arrive à relever trois défis politiques.
D'abord, une prise en compte explicite, en coordination
avec d'autres institutions, des effets non commerciaux du
commerce, par exemple les pertes d'emplois au Nord et
les pertes de recettes fiscales au Sud. Ensuite, une reconnaissance
effective du pouvoir des pays émergents. Enfin,
riches et émergents doivent s'engager à véritablement
accepter des règles commerciales favorables au développement
des pays les plus pauvres.
Ces défis politiques sont de taille. Si les pays les plus importants
montrent qu'ils sont prêts à s'y atteler, alors l'OMC
pourra sûrement jouer un rôle et ne pas se contenter d'exister
parce que, selon le vieil adage, «les institutions internationales
ne meurent jamais». Christian Chavagneux