Le sang du voyageur : choix de textes

Au sein d'une culture et d'une civilisation entièrement fondées
sur le paraître, l'exhibition, le show..., la place de la poésie ne saurait
être évidemment que souterraine, plus clandestine que
jamais..., insituable, et donc, en fin de compte, imprenable - oui,
nous sommes entrés dans l'ère des cryptes... Ecrire, dès lors, continuer
d'écrire comme si de rien n'était, errer sans fin, promener sa
voix dans les jardins du vent..., s'égarer, se perdre de vue, revenir
sur ses pas et, quoi qu'on fasse, se retrouver à chaque coin de rue,
perpétuel passant, passer, passer en fraude, passer inaperçu pour
mieux se reconnaître..., faire le vide, «garder le vide ouvert»...,
sombrer pour aussitôt ressurgir de plus belle..., se dissoudre, oui,
mais pour mieux prendre corps..., sans bruit, sans nul souci de
l'heure ni du lieu..., reprendre son souffle, apprendre l'art de respirer...,
ne tenir qu'au seul fil d'une plume clandestine... - «une
question de rythme qui a beaucoup à voir avec la musique...»
V. G.