Le dragon dans le brouillard : lettres édifiantes et curieuses d'un Français en Chine

Ces lettres, qui furent dans un premier temps destinées
à mes amis, ne sauraient se limiter à évoquer ce
seul aspect de la vie en Chine, ni prétendre d'ailleurs
à une étude exhaustive de la société et du système éducatif
chinois. Dostoïevski ironise quelque part sur le voyageur
français dont la vanité légendaire l'incite, au terme de son
modeste séjour, à publier l'ensemble de ses précieuses
analyses et le récit de ses exploits. L'écrivain russe visait en
particulier le marquis de Custine qui avait brossé de la
Russie en 1839 un portrait sans complaisance. J'espère ne
pas entrer dans cette catégorie. Les anecdotes, les choses
vues ou les réflexions que j'ai consignées au jour le jour
reflètent les impressions diffuses d'un Français qui
découvre un monde étrange et qui, tel le Persan de
Montesquieu, s'en étonne, s'interroge et y trouve finalement
matière à rire. Amuser et instruire, tel était d'ailleurs
le mot d'ordre que Balzac assignait à la littérature.