Amadou Koné : l'écriture ivoirienne entre narration et traditions

Comme engagement, l'écriture est indéniablement un moyen de
refaçonner le monde. En tant que travail sur les mots et sur la syntaxe, par le
parti pris du beau qui lui est consubstantiel, elle devient un véritable atelier
verbal, une façon de repenser la langue et de la réinventer. C'est dans cette
optique qu'il faut lire ce remarquable essai de Pierre Fandio, une analyse
congruente des techniques d'écriture de l'oeuvre, procédés qui, selon le mot
très juste de Roland Barthes, sont les seuls à faire d'un texte un discours
littéraire.
Par l'emploi récurrent de la scène dialoguée, plus fréquente que la
scène narrativisée, par exemple, le romancier, caché derrière le narrateur,
exalte les vertus du dialogue cher à la palabre africaine. Ce message,
distillé au narrataire, instance chargée de capter l'histoire, est en réalité,
destiné au lecteur, qui est un être de chair et de sang, susceptible d'agir sur
la communauté des vivants. De la sorte, l'artiste, qui est aussi un citoyen
du monde, suggère aux hommes qui dirigent ces univers fictifs autant que
notre monde réel que le dialogue peut et même doit aider à résoudre les
problèmes, même les plus inextricables.
Ce livre, qui est l'un des tout premiers textes jamais consacrés à
l'ensemble de l'oeuvre d'Amadou Koné, est un travail d'analyste doublé
d'exégète qui montre de façon méthodique et rigoureuse la double parenté
qui relie cet auteur au récit de tradition orale autant qu'au modèle romanesque
occidental. L'essai pose alors l'écrivain ivoirien en passeur entre les écrivains
de la première génération pré-indépendance et ceux de la postcolonie.