Les milains

«Le soleil se levait comme ailleurs au village des Borneix, et la
nuit aussi tombait, comme la bouche du loup se ferme sur l'étincelance
de sa langue si rouge.
Pourtant le Lucien pensait que la nuit et le jour n'agissaient de
concert que pour son univers. Justement le jour où tout avait
commencé, enfin où les événements lui avaient semblé moins
explicables qu'auparavant, la nuit était tombée, noire, dense, un peu
fourbe, comme toutes les autres nuits, cachant le bruit, les cris, le léger
frémissement de vols d'oiseaux non identifiés. Un héron, pattes
longues, oublié par un Comte de la Marche volait contre le soleil
aplati, disque rouge sous les nuages gris acier.»
La Creuse, un village gros comme le poing : Le Borneix, tenu par
ses habitants peu loquaces et farouches. Chasteté forcée du célibat,
peur de l'invisible et de l'obseur, imprègnent les lieux.
Quand les mesures européennes tombent comme le bâton sur le
dos de la mule, Lucien, lié à sa terre âpre par la sueur de ses ancêtres,
meurtri, blessé, étouffé entre incompréhension et désespoir, réveille en
lui la bête qui sommeille en tout homme.