Nocturnes : peindre la nuit, jouer dans le noir

Nocturnes : peindre la nuit, jouer dans le noir

Nocturnes : peindre la nuit, jouer dans le noir
Éditeur: Biro éditeur
2005158 pagesISBN 9782351190050
Langue : Français

La nuit est au jour ce que le dos est au visage. Elle réclame au peintre

ou à l'homme de théâtre de se détourner afin d'accéder à l'autre côté, rebelle

au règne conventionnel du visage et du jour car la nuit, comme le dit Goethe,

est la «face étrangère du jour».

La nuit est un envers et un contraire. Elle entre dans la problématique

de la contradiction, de l'opposition, de la perdition.

Alors que le jour établit l'homme dans un ordre social, la nuit place l'être

du côté de l'essence. Elle l'entraîne au-delà d'une identité bien déterminée, dans

l'informel et le mouvant. Il se trouve plongé au coeur de la nuit qui ne bat

pas au même rythme pour tous car la nuit dissocie les êtres.

S'engager sur le chemin de la nuit, c'est se laisser emporter par l'excès, par

l'oubli des normes en vigueur, des interdits et des contraintes car, selon

Marguerite Duras, «La nuit tout est plus vrai.»

La nuit, c'est le jour vu de dos.

À travers la peinture et le théâtre, Georges Banu

explore ici toutes les facettes d'un espace et d'un temps

qui constituent un monde instable et envoûtant : la

nuit.

Au début du XIX<sup>e</sup> siècle, les peintres, suivant la vague

romantique, représentèrent de nombreuses scènes et

paysages nocturnes. Ils peignirent la nuit. Ce n'est pas

tellement la nuit elle-même que saisirent les peintres,

mais ce qu'elle contient, l'impact qu'elle a sur les êtres :

ils peignirent l' état de nuit , qui donne la capacité de

tolérer les incertitudes, les mystères et les doutes.

La nuit est peuplée, bruissante, étrange. Elle peut

être dangereuse tout autant que rassurante.

Séductrice et mondaine, profonde et mystérieuse,

claire et impitoyable, terrifiante ou bien veloutée et

paisible, universelle ou absolument individualiste,

païenne ou sacrée, la nuit est un vaste champ d'investigation

de la vie, du rêve, de la pensée et de la

recherche de soi.

L'être plongé dans la nuit s'éloigne des certitudes.

Il repousse jusqu'à l'informel les limites du visible ; il se

fond dans l'immensité, dans l'éternité des formes effacées

par la nuit. S'enfoncer dans la nuit équivaut à s'abstraire

des contraintes de l'apparence et de l'ordre social.

En offrant le temps de la réflexion, la nuit favorise

l'introspection ; en abolissant les limites, elle permet

l'évasion. Les sentiments s'y déploient à l'abri des

jugements.

Des foules en liesse s'y retrouvent lors de fêtes rutilantes,

des fuyards s'y réfugient, des êtres s'y complaisent

dans une rêverie solitaire, d'autres y apaisent leurs

tourments, y engloutissent leur détresse ou attendent

avec appréhension qu'en ressurgissent leurs démons.

C'est de nuit que se font les arrestations et que

l'on ourdit les complots. La nuit est le moment de prédilection

des attaques par surprise. La nuit est le

moment propice par excellence.

Qu'elle soit symbolique de la perdition des âmes et

des corps ou d'un désir de dépassement du monde

matériel, la nuit est intimement liée à la part obscure de

l'être, à ses racines et à ses aspirations les plus secrètes.

Elle est tout à la fois la fin et le recommencement.

L'état de nuit est une humeur qui imprègne les

oeuvres des peintres mais aussi le théâtre. Ainsi, après

la peinture, l'auteur nous entraîne-t-il dans l'histoire

de la nuit sur scène et autour de la scène.

Brillamment illustré de nombreuses peintures rarement

reproduites jusqu'ici - de Spilliaert, Munch,

Friedrich, Redon, Radziwill, Turner, Courbet, Jansson,

Solhberg, Millet etc., et de superbes photos de scènes

de théâtre, cet ouvrage nous entraîne avec bonheur à

travers les aspects changeants de la vie nocturne.

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