Un poète près de la mer : hommage à Lorand Gaspar

«Attiré par des amis à Sidi-bou-Saïd, j'y avais trouvé une chose
inespérée : un de ces moments d'équilibre, d'accord mystérieux
entre le faire humain, les mouvements de la terre, du ciel et de la
mer. Un silence où viennent s'inscrire, des plissements à peine perceptibles
aux rugissements les plus barbares, les accords et les dissonances
de l'immense clavier des eaux, des arbres et des vents. [...]
Des gens simples que l'on retrouve chez l'épicier ou dans la rue, qui
vous confient leurs joies, leurs soucis, vous écoutent. Des bourgeois
de vieille souche, prenant le frais au soir dans les rues qui longent la
mer, vêtus de leurs djebbas blanches impeccables ; quelques artistes
attachés à l'esprit de ce lieu. Des orangers amers, des jasmins, des
agaves, et des bougainvillées. Une vieille maison au bout du village,
adossée à la colline, une seule pièce lézardée, penchée comme un
balcon sur le large.»