La Mauresque

«J'ai eu le mauvais goût de frapper aux portes de la vie
à deux heures du matin. Et comme j'arrivais deux mois à
l'avance, bien sûr, on ne m'attendait pas. "Délivre-moi,
délivre-moi, répétait ma mère, sans se rendre compte que
son accouchement coïncidait, fâcheusement, avec un
tremblement de terre."»
Ainsi commence, un matin de juin 1927 à Santiago de Cuba,
la drolatique histoire du fils de la «Mauresque», contée
par lui-même. Enfance choyée, couvée même, entre deux
servantes capiteuses et une mère andalouse, maîtresse plus
qu'épouse d'un sénateur aussi absent qu'influent...
École de joie, de liberté et d'indépendance que cette
éducation au parfum de tropique et de créole, malgré la
dictature du président-général Machado.
«Ces souvenirs, s'interroge le narrateur, qui font émerger
des images, des sons, des mots enfouis en moi depuis si
longtemps sont-ils vraiment réels ?» Modeler sa mémoire en
forme de roman : tel est bien le talent d'Eduardo Manet.