Rien que la terre : et autres fictions voyageuses

«Voici un homme qui a tout reçu, la gloire littéraire,
les biens de fortune, les honneurs et l'amour. Peut-on dire
qu'il a été heureux ? Hélène Morand s'explique sur ce sujet :
"Ce qu'il y a de plus profond, de plus certain et de
plus incompréhensible chez Paul, c'est son inaptitude au
bonheur. D'où cette inquiétude, cette recherche, ce besoin
d'être ailleurs."
Tour à tour dandy glacé, Bouddha sarcastique,
voyageur traqué, homme pressé (Morand-la-vitesse, formule
qui a fait florès), mondain désabusé : mais pour cacher
quoi ? Une faille secrète, une blessure qu'il fallait celer à tout
prix, une faiblesse de caractère que personne ne devait
savoir ?
"Nous croyons que le voyage, cette fuite à travers
l'espace, nous empêchera de sentir la fuite du temps."
Rien que la terre répond à cette angoisse. Il ne me reste que
la lune, disait Morand en riant.»
M.S.