Max Jacob et la nomination : jouissance créatrice autour du signe onomastique dans Le Terrain Bouchaballe

Un nouveau regard sur Le Terrain Bouchaballe , l'oeuvre
romanesque qui a occupé Max Jacob pendant plus de
vingt ans, apporte un éclairage original dans la double
approche de la genèse et de l'onomastique littéraire. Le
lecteur-narrataire, invité à pénétrer gaillardement dans le
microcosme polyphonique de Guichen, alias Quimper, va
s'imprégner des commérages et embrouillaminis de la ville
fictive. À l'ami Picasso, Jacob avait écrit le 14 septembre
1918 : «[...] mais la géographie, science de la fantaisie unie
à la rectitude a le droit à des renversements drôlatiques.»
Sujet à des volte-face cocasses, l'affaire du «terrain» à
Guichen va se lire à travers le prisme d'une nomination
ironique où toponymes et anthroponymes fictionnels opèrent
comme autant de signes porteurs de sens et susceptibles
d'enfreindre la linéarité du texte. Cette nomination n'en
laisse pas moins sourdre toute sa musique textuelle
et imprime son tempo à la société «bouchaballesque»
construite à l'aune d'un travestissement affectif, celui d'un
Max Jacob onomaturge.