La littérature, à quel(s) prix ? : histoire des prix littéraires

Les prix littéraires sont une «exception française» mal
connue : s'ils prolifèrent en France, ils se diversifient selon des
logiques très diverses liées à une «économie du prestige»
complexe. Cette enquête, menée à partir de nombreux
entretiens auprès d'écrivains et de professionnels du livre,
cherche à éclairer cette complexité afin de saisir les nouvelles
configurations de la condition littéraire contemporaine.
Avec les prix, ce sont des reconfigurations majeures du
monde littéraire qui se donnent à lire : déclin de la fonction
sociale et de l'autorité symbolique de l'écrivain ; déclin du
livre comme objet sacralisé ; déclin de la lecture et mutations
des pratiques culturelles ; métamorphoses de l'expertise
littéraire ; figurations nouvelles du littéraire.
De l'homme de lettres d'hier à l'écrivain minuscule
d'aujourd'hui, ce sont bien les effets à la fois structurants et
paradoxaux des prix littéraires que ce livre cherche à pointer.
Structurants : les prix régulent un marché et une offre,
contrôlent et font perdurer une certaine idée de la littérature
en l'ouvrant au plus grand nombre, proposent une définition
normée de la lecture et du goût. Paradoxaux : les prix inscrivent
l'écrivain dans une communauté, mais le fragilisent
dans sa singularité ; ils obéissent à un protocole réglé dont
l'écrivain ne décide pas des règles ; ils mettent en lumière
mais n'aident pas à durer.
Cet ouvrage se veut une contribution à l'histoire culturelle
du statut de l'auteur qui interroge l'effondrement de son rôle
social dans la sphère publique.