La nuit d'Althusser : théâtre

Ils se croient malins, au Parti. Ils surveillent leurs
intellectuels. Ils les tiennent en lisière, s'en méfient.
Mais Anne aussi était sur le terrain. Elle aussi avait
les mains dans le cambouis. Et plus qu'eux. Ils étaient
bien contents de la trouver. Les tracts. Les piquets de
grève. La nuit devant l'usine, autour des braseros...
Ces joies, ces peines, toutes ces années ensemble.
Belle comme une morte. Ce mot m'était venu tout
seul, la nuit où elle avait crié. Un cri si déchirant que
j'en restais pétrifié. Belle comme une morte. Je le
regrette. Elle si avide de vivre...
Je la revois sous la lampe, son livre à la main, son
sourire. Non, c'est la pâleur que je vois. Cette pâleur
qu'elle avait, qu'elle avait toujours eue. Ma belle
morte. Je l'avais si longtemps appelée ainsi... Anne
m'obsède, vous ne comprenez pas ?