Ci-gît

Ci-gît fait se succéder en une série de courts chapitres,
qui sont autant de tableaux saisissants, des sortes
d'instantanés de vies ordinaires - celle de Blanche et
Joseph, de leurs enfants - dressant l'étrange carte d'un
monde disparu et d'un temps révolu. Cette manière de
récit, trouée, suspendue, qui procède par éclaircies, par
touches, esquisse plus qu'elle ne décrit ou ne raconte.
Elle révèle ainsi ce Fatum qui pèse sur les existences
communes et ce qu'il implique d'acceptation de son
sort - vérité dérobée et fuyante qui consiste à apprendre
à mourir à défaut d'avoir appris à vivre. Traversé
par une vive tension poétique, comme s'il s'agissait de
trouver un rapport juste et exact aux choses, d'en élucider
les lois secrètes, Ci-gît porte la langue à un point où
elle témoigne d'un souci de résister à ce qui est promis
à la perte et rappelle qu'elle est aussi une façon de
recueillement, une quête, dans cette extrême attention
portée aux êtres et au monde, pour approcher ce peu
qui fait les saisons et les jours et dont les hommes restent
les témoins étonnés, les acteurs maladroits.