Réflexion sur la question architecturale

Réflexion sur la question architecturale

Réflexion sur la question architecturale
Éditeur: Belles lettres
2015181 pagesISBN 9782251445267
Format: BrochéLangue : Français

La crise qui affecte aujourd'hui l'architecture est une crise

de sa capacité à signifier qui s'inscrit dans un déclin plus

général de la fonction symbolique en Occident.

Qu'est-ce qui différencie un édifice d'un bâtiment ? Qu'est-ce

qui différencie l'architecture de la construction ? C'est que

l'architecture est essentiellement porteuse d'un discours qui

assigne une place à l'homme dans le cosmos. Historiquement,

c'est le pouvoir politique qui définissait cette place et faisait de

l'architecture le vecteur privilégié de son expression.

Aujourd'hui, au temps de la mort des grandes croyances,

l'architecture est orpheline de la légitimité que lui conférait cette

representation du pouvoir. Pourtant, par certaines propriétés que

cette enquête s'attache à décrire et à comprendre, l'architecture

garde cette vocation profonde à signifier.

En interrogeant un certain nombre de notions canoniques

tombées en désuétude - composition, ornement, symétrie, rythme,

etc. - cet ouvrage cherche à préciser les conditions d'existence

de cette fonction symbolique.

Car prendre le risque d'une approche ontologique de

l'architecture invite in fine à considérer ce qui fait d'elle un art

plus qu'un commerce : l'énoncé de l'humanité face au temps et

à la mort.

Je relis L'enfant d'Agrigente , je relis Le latin mystique ,

je relis Curtius, Auerbach, Pierre de Nolhac... : je les

réunis en esprit dans une collection idéale qui satisfait

à la conception que je me fais de l'essai. Le mot est à la

mode et désigne un genre polymorphe : essai historiques,

scientifiques, politiques, critiques ; tantôt l'exposé d'un

point de vue brillant et instantané, proche du pamphlet,

tantôt la quintessence de recherches patientes dans un

champ disciplinaire donné. C'est plutôt ainsi que je vois

la création d'une collection intitulée «Les Belles Lettres/ essais ».

Dans le paysage éditorial français, notre maison se

distingue par la place qu'elle réserve à l'érudition, cette sévérité,

qui est de fondation, est son honneur. Elle se distingue

aussi par la place éminente donnée à des langues et à une

culture qui sont de plus en plus l'apanage de spécialistes.

Mais l'érudition n'est pas cuistrerie et il arrive que la spécialité

partagée vienne enrichir d'un éclat irremplaçable la

culture universelle. Seulement, il faut, pour cela, infuser à la

philologie une âme, c'est-à-dire de l'amour - et un style.

Ou, comme sur la monnaie d'Auguste, à la lenteur cuirassée

du Crabe marier la légèreté du Papillon<sup>1</sup>. C'est le

rôle de l'essai, essai en ce sens aussi que, relevant ce défi,

on a mesuré la part de risque.

P. L.

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