L'arme à l'oeil : violences d'Etat et militarisation de la police

Automne 2014, un manifestant est tué par une grenade lancée
par un gendarme à Sivens. L'armement de la police fait,
pour la première fois, la une de l'actualité. De manière contradictoire,
ce drame est l'occasion pour le pouvoir de renforcer
ses stratégies de maintien de l'ordre en faisant interdire et
réprimer implacablement les mobilisations qui suivent. La
mort de Rémi Fraisse n'est ni une «bavure», ni un accident.
Elle est le produit d'une logique structurelle, qui s'inscrit
dans un processus d'impunité généralisée et de militarisation
de la police en germe depuis deux décennies.
Sur fond d'hégémonie culturelle des idées sécuritaires, la police
française se dote de nouvelles armes sous l'impulsion des
gouvernements successifs : taser, grenades, flashballs, LBD.
On tire à nouveau sur la foule. D'abord expérimentées dans
les quartiers périphériques, puis contre les mobilisations incontrôlables,
les armes de la police s'imposent aujourd'hui
potentiellement contre tous. «En blesser un pour en terroriser
mille», telle est la doctrine des armes de la police.
Cet essai passe en revue l'armement de la police pour comprendre
ce que les armes disent de notre temps, quelles sont
les logiques politiques qu'elles suggèrent, au-delà des spécificités
françaises d'un maintien de l'ordre présenté comme
irréprochable.