Voir Gaston de Foix (1512-2012) : métamorphoses européennes d'un héros paradoxal

Le 11 avril 1512, la victoire française sur les Espagnols à Ravenne est chèrement payée
par la mort, à 22 ans, du commandant de l'armée, Gaston de Foix, duc de Nemours
alors qu'il poursuivait les ennemis en fuite. La décimation de l'élite de la cavalerie française,
lors de cette bataille abominablement meurtrière, marque un tournant dans les
guerres d'Italie par l'utilisation massive de l'artillerie, exemplaire de la «révolution militaire»
alors en cours. L'armée espagnole, moins gravement touchée, saura faire de cette
défaite une victoire sur le long terme. Si l'on meurt comme on a vécu, alors la bataille
de Ravenne, victoire à la Pyrrhus, symbolise bien l'ambiguïté inhérente à la personne de
Gaston de Foix.
Si l'iconographie de la bataille de Ravenne est riche, celle de Gaston de Foix ne l'est
pas moins - ce qui est pour le moins paradoxal puisque nous n'avons aucun portrait
attesté du héros. Cet ouvrage trace les grandes lignes de la construction et de la réception
de ce mythe politique en littérature et en histoire ainsi que dans les nombreuses
images gravées, peintes ou sculptées. À la fois chef des vainqueurs, en tant que neveu
de Louis XII, et proche des vaincus, car frère de Germaine de Foix, reine d'Espagne,
Gaston de Foix occupait une position frontalière propice à la malléabilité mémorielle.
Le corps et la vie de Gaston de Foix apparaissent entièrement dédiés à la vie publique.
Aucun détail biographique ne permet une individualisation quelconque.
Gaston de Foix occupe ainsi une place nodale dans l'imaginaire national jusqu'au
XX<sup>e</sup> siècle. L'ouvrage retrace les rares sources connues (dont deux inédites) mentionnant
Gaston de Foix, aussi bien françaises qu'italiennes ou suisses avant de s'interroger sur
les interprétations historiques successives et contradictoires d'un héros dont on ne sait
plus trop s'il était valeureux ou téméraire, chevaleresque ou stratège, soldat ou galant
homme. Jules Michelet en fera l'ancêtre du sans-culotte révolutionnaire, annonçant
même Napoléon Bonaparte. Mais la mémoire de Gaston de Foix n'est pas seulement
française. En s'adaptant à des contextes nationaux et à des discours historiques divers (la
France de François I<sup>er</sup> et celle de Louis XIV, la Hollande de Rembrandt, l'Angleterre victorienne),
c'est bien la plasticité d'une mémoire européenne que ce livre tente de cerner.