L'épopée peule de Boûbou Ardo Galo : héros et rebelle

Les Peuls sont répandus dans toute la zone sahélienne de l'Afrique
où ils constituent actuellement ce qui a été si justement appelé «l'archipel
peul», résultat d'une histoire complexe conjuguant ces situations
antithétiques que sont nomadisme et formations étatiques, isolement et
domination politique.
Dans la boucle du Niger, le Massina fut, au cours du temps, le
théâtre mouvementé de luttes multiples aussi bien contre la suzeraineté
de royaumes voisins qu'entre fractions peules rivales ; avec la propagation
de l'islam, les chefferies lignagères anciennes ont fait place, au
XIX<sup>e</sup> siècle, à l'État centralisé de la Dîna avant que cet empire ne s'effondre
sous les coups du jihad d'el-Hadj Oumar puis de la conquête
coloniale.
On trouve dans cette région que les Peuls appellent le «nombril du
monde peul», une riche production littéraire épique perpétuée par la
classe socioprofessionnelle des griots ( maabuu'be ). Les Gestes dédiées
aux héros de la région couvrent deux époques et deux idéologies :
celles des ar'be , ces chefs de fractions qui se partageaient le pays et
sont considérés comme représentatifs de la culture peule antéislamique
et du pulaaku (ou manière d'être idéale du Peul), et celles de l'État
théocratique fondé sous la loi unificatrice de l'islam et véhiculant des
valeurs souvent opposées à celles de l'aristocratie régnante.
Le cycle concernant Boûbou Ardo Galo est particulièrement intéressant
du fait que l'action se situe à cet instant charnière où s'affrontèrent
ces deux mondes, et illustre dans toute son ambiguïté la confrontation
entre ces deux composantes fondamentales de la culture et de l'identité
peules que sont précisément le pulaaku et l'islam.