Moyen âge (Le) : revue d'histoire et de philologie, n° 3-4 (2010)

De l'Antiquité au Siècle des Lumières, le genre des
«miroirs du prince» s'affirme résolument comme l'une
des manifestations privilégiées du rapport entre pouvoir
et écriture. Puissamment ancrés dans la tradition, ces
traités n'en connaissent pas moins un profond renouvellement
durant les derniers siècles du Moyen Âge :
à la vision théologique du pouvoir héritée de saint
Augustin se substitue peu à peu une conception proprement
politique de la royauté. Les règnes de Charles V
et de Charles VI marquent un tournant décisif dans
l'élaboration de ces «arts de gouverner».
Traduits ou rédigés directement en français, ils abordent
désormais dans leurs dimensions les plus concrètes
l'exercice pratique de la fonction royale et les qualités
requises du bon gouvernant. Or, cette évolution idéologique
va de pair avec une réelle mutation formelle,
où le genre, gagnant en littérarité, combine volontiers
vision allégorique et pédagogie princière. Parallèlement,
bon nombre de poètes contemporains s'engagent
résolument dans le champ du politique et
prennent une part active à cette réflexion en profondeur
sur la nature du pouvoir. C'est ainsi que fleurissent,
à la frontière des genres, des oeuvres luxuriantes
et composites, où l'invention littéraire le dispute au
didactisme et où le miroir se pare fort à propos des couleurs
chatoyantes de la rhétorique.