Me fas cagà ! : la guerre en occitan

On oublie souvent qu'une grande partie des soldats français durant
la grande guerre n'avaient pas le français comme langue maternelle
mais s'exprimaient quotidiennement dans une langue régionale.
Louis Bonfils, officier du XVIème corps est de ceux-là : et quelle
langue ! l'occitan languedocien d'un félibre énergique, engagé et «grande
gueule» : Soui counougut couma l'ouficiè lou mai emmerdant de touta la
divisioun
Doublement patriote, pour la France et pour la langue d'oc, Bonfils
se bat au front comme il se bat dans son régiment. Cité pour bravoure un
jour, et passé en conseil de guerre un autre (pour avoir pris à partie son
supérieur qui insultait les soldats du midi), Bonfils sait que la guerre s'écrit
à l'arrière, et il veut donner une vision plus proche de la vérité du front.
Quand Clémenceau, Joffre et le sénateur Gervais accusent les
soldats méridionaux d'être responsables de la retraite de Lorraine en
Août 1914, Bonfils exhorte ses «pays» à la fierté et au courage et surtout
à continuer à parler occitan : « es pas en francimand que pourrès vous
rapelà das bords dau Rose ou das serres de las Cevenas. »
Il nous raconte la guerre comme il la voit, les permissions où l'on se
repose, « avèn ben manjat, ben begut, parlat en lenga .. » et les visions
horribles des cadavres des deux camps : « Pos creire que, quoura pense
à-m-acò, soui encara boulegat. »
Tombé au front en 1918, il ne fais pas de doute qu'il a dit à la mort
ce qu'il disait à ceux de ses supérieurs ou collègues qui l'importunaient :
Me fas cagà !