Place au théâtre

Si La Fontaine a raison de dire que <<la dispute="" dormirait="" elle="" est="" grand="" on="" sans="" secours="" toujours.=""/>> à coup sûr les sociétaires de la Comédie-Française ne dormaient point. La moitié de la Maison de Molière fit de tout temps la guerre à l'autre. Seul un ministre despotique ou incompétent réalisait contre lui l'union sacrée.
Jean Meyer tint sa place dans ces combats singuliers. Il en fait le récit, trace le portrait des auteurs qu'il a servis : André Gide, Jules Romains, Henry de Montherlant, Marcel Achard, Jean-Paul Sartre. Celui de Louis Jouvet, qui fut son maître au Conservatoire. Celui d'Edouard Bourdet, grand administrateur de la Maison.
Quelques années plus tard, sous l'oeil bienveillant de Jean Debucourt et de Fernand Ledoux, une troupe jeune se formait. Elle réunissait des personnalités exceptionnelles : Jacques Charon, Robert Hirsch, Robert Manuel, Renée Faure, Micheline Boudet, Jeanne Moreau, et tant d'autres... Animée par Jean Meyer, elle joua en moins d'un an Les Caves du Vatican, Le Dindon, Le Bourgeois gentilhomme et Donogoo. Elle allait jouer plus tard Port-Royal, Les Amants magnifiques, Les Sexe faible, Domino, etc.
La camaraderie, fait exceptionnel, avait mené à l'amitié. Ces comédiens répétaient peu et toujours dans la gaieté. Quand le régisseur, son <<brigadier/>> en main, lançait le rituel <<place au=""/>> et frappait les trois coups, on savait qu'ils donneraient le meilleur d'eux-mêmes. C'est en pensant à eux qu'on dit maintenant : ce fut la grande époque.
Leur histoire valait donc la peine d'être contée.