L'Arménie du Levant (XIe-XIVe siècle)

L'année 1045 marqua la fin du dernier royaume en Grande Arménie, mais loin de disparaître
l'Arménie se préparait à écrire les pages les plus brillantes de son histoire. Des principautés
autonomes virent le jour sur la partie du territoire historique libérée du joug turc, pendant qu'un
processus de renaissance étatique se développait en Cilicie, face à l'île de Chypre, aboutissant
en 1198 à la fondation d'un «royaume d'Arménie hors d'Arménie».
Il y avait donc alors deux Arménie, liées face à l'irruption au Proche-Orient des Francs via les
croisades au XII<sup>e</sup> siècle puis des Mongols au XIII<sup>e</sup>. Avec les États latins, dont ils adoptèrent plusieurs
aspects administratifs, les Arméniens établirent des relations d'égal à égal où les liens matrimoniaux
tenaient une place essentielle, tandis que face aux Mongols ils profitèrent de l'expérience des
princes de Grande Arménie. Par une subtile diplomatie tous azimuts tenant compte des éléments
grecs, turcs et arabes, les rois d'Arménie en Cilicie se retrouvèrent au milieu du XIII<sup>e</sup> siècle à la tête
du plus puissant État chrétien en Orient, plaque tournante du commerce entre l'Europe et l'Orient.
La floraison culturelle était spectaculaire, le royaume adaptant au moule arménien les apports
francs tout en perpétuant ses traditions artistiques, pendant que la Grande Arménie se couvrait
de superbes oeuvres d'architecture.
Du XII<sup>e</sup> au début du XIV<sup>e</sup> siècle, les Arméniens étaient donc au centre de la galaxie eurasiatique.
La décadence s'amorça avec le déclin du pouvoir mongol, la pénétration latine dans l'Église
arménienne et la montée en puissance des Mamelouks égyptiens, qui mirent fin en 1375 à cette
«Arménie du Levant» dont le dernier roi, d'ascendance poitevine, mourut en exil à Paris.
Au-delà des Arméniens et arménisants, cet ouvrage s'adresse à tous ceux qui s'intéressent aux
croisades, aux Mongols, à l'Islam médiéval ou aux chrétiens d'Orient. Les publications récentes de
sources inédites imposaient de revisiter tous les aspects de cette période fascinante et complexe.
Les 84 tableaux généalogiques et les 74 cartes facilitent la lecture, et les 228 illustrations en couleurs
reflètent le caractère cosmopolite de ce monde arménien médiéval.