Le principe d'obligation : sur une aporie de la modernité politique

En faisant du consentement la marque de la souveraineté
et du libre examen le fondement du devoir moral,
la modernité met l'individu à la source de sa propre
obligation. C'est devoir le délier pour qu'il puisse se lier.
L'obligation apparaît ainsi comme le principe et le problème
constitutif de la modernité politique.
Cet essai d'histoire conceptuelle montre comment,
de Bodin à Rousseau, dans la tradition jus naturaliste
comme chez ceux qui la contestent, la question de l'obligation
est la question commune : comment obliger une volonté libre ?
L'école du doit naturel, dont les doctrines des droits
de l'homme ont hérité, fonde l'obligation politique
sur l'obligation morale. Rousseau lui oppose la double
nécessité d'un fondement sui generis de l'obligation politique
et de la production sociale du sentiment d'obligation.
Alors que s'épuise le pouvoir de cohésion des communautés
d'appartenance et que s'avère exorbitant de demander
à l'obligation morale de former le lien social, nos sociétés
ne sont-elles pas confrontées à la difficulté qu'elles se sont
créée : devoir tirer du mode d'existence politique de leurs
membres le sentiment du lien sans lequel la société se défait ?