L'Armagnac des Laberdolive : la source des sables fauves

La larme d'eau-de-vie glissant sur le verre rejoint le fond pour qu'aucune goutte ne se perde. Des
lèvres à regret viennent encore s'y tremper dans l'espoir d'une seconde tournée. Cela arrive souvent
au domaine de Jaurrey : «Après ce 72, goûtez ce 83 !». Et les millésimes défilent en rangs serrés portant
étiquette seulement galonnée de l'éternel patronyme Laberdolive, sans décorations de campagnes
guerrières de la commercialisation. Point de «premier prix de ceci, ou médaille d'or de cela». Il suffit.
L'explorateur gourmand le sait et se promet au travers des transparences aux couleurs de pelages
de lions, que les sables fauves entre Gers et Landes le feront rugir d'aise. Baco d'abord, colombard,
ugni-blanc et folle-blanche (piquepout) griffent le tanin des chênes du domaine pour en porter
l'empreinte jusqu'au nez puis derrière la barbe.
Depuis le siècle dernier jusqu'à maintenant, aucune autre intention ne vient se mêler de ce qui ne
regarde que la famille ; ainsi ne dit-on pas au salon : «Je vous sers du Laberdolive ?». Mais «Lequel ?».
Millésimes d'avant-guerre ou d'avant les quinze dernières années, nés de l'énergie d'Ernest, du
courage de Valery, de l'imagination de Joseph, du flair de Gérard, de la constance de Pierre, de l'énergie
de Fabien décuplés par le souvenir de Nicolas, ne constituent pas un «stock», mot trop administratif et
certainement trop ordinaire pour prendre le statut de «patrimoine».
Les «Sables Fauves» appartiennent encore mieux au présent et à l'avenir puisqu'ils sont déjà le
fruit d'un travail de mémoire.