Alexandre le Grand : monnaie, finances et politique

Alexandre Le Grand a conquis en treize ans de règne (336-323
av. notre ère) un immense empire. Dans les terres qu'il avait soumises
circulaient des numéraires extrêmement variés, produits en
Asie Mineure et en Orient. Le Conquérant a-t-il eu le dessein de
créer, pour les remplacer, une monnaie «impériale» à son nom et
à ses types ?
Ce projet lui a été prêté dès l'Antiquité : nous le trouvons
exposé dans un traité de Plutarque ( c. 50-120 apr. J.-C.). Un grand
nombre d'auteurs modernes considèrent eux aussi que telle fut
l'intention d'Alexandre, quitte à supposer que cette intention ne
parvint pas à se traduire complètement dans les faits.
Un examen attentif de la documentation existante amène à
remettre ces vues en question. Elles ne peuvent en effet s'appliquer
qu'à une partie restreinte des territoires conquis. Le monnayage
alexandrin qualifié d'«impérial» naquit à Tarse (Cilicie) en 333/332
et fut frappé sans retard en Phénicie, en Syrie et en Macédoine. Il
fut émis également en Asie Mineure, à Babylone et peut-être à
Alexandrie d'Égypte, mais seulement tout à la fin du règne. Quant
aux vastes régions situées à l'Est de l'Euphrate, elles restèrent sans
atelier monétaire. Il semble qu'en bien des endroits on continua de
produire des monnaies locales ou que, comme en Babylonie, on
inaugura la frappe de monnayages inattendus. Alexandre lui-même,
selon toute probabilité, utilisa couramment les espèces des rois
perses, en particulier leur darique d'or.
Alexandre n'a pas cherché à faire de sa propre monnaie le
numéraire unique de son empire. Il s'est comporté dans ce
domaine - comme dans tant d'autres - avec beaucoup de pragmatisme,
ne se refusant pas à certaines facilités financières, évitant de
heurter les susceptibilités locales, obéissant à des raisons de haute
politique.