Trois brèves légendes

Déjà du temps d'avant le temps et ce
monde - marmonnements autour de la terre
qui branle, qui s'offrait ferme, de l'arbre qui
brûle, qui donnait ombre, ou de l'eau qui
déborde, qui proposait étanchement - des
légendes bruissent disant qu'un monde (le seul
monde et son temps qui vient) est au bout de
la main tendue, dont elles offrent par rumeurs
le soupçon de l'inviolable présence effarante :
avant que par ces ramages et ces chroniques ne
soient sédimentés les moments qui deviendront
l'histoire, mille bruissements, mille murmures,
mille émerveillements et évidements de soi,
mille terreurs et tenues terribles du temps
dans son temps d'attendre cet étonnement,
circulent.
Ici s'entende le déploiement de trois telles
légendes : s'il y a du monde puisqu'il y a du
monde (le besoin en est inscrit dans son appel),
où est-il ? quel est-il ? comment y parvenir et
l'aider à y parvenir ? Trois fois brièvement, ces
textes tentent non de répondre ou de coïncider
à la question qui les suscite, non plus qu'à
l'éteindre, mais - en attendant mieux (nous
attendons tous tellement mieux) - d'en faire,
un temps bref, fructifier le champ.