Les aventures de Tintin. Vol. 20. Tintin au Tibet

Les aventures de Tintin. Vol. 20. Tintin au Tibet

Les aventures de Tintin. Vol. 20. Tintin au Tibet
Éditeur: Casterman
200662 pagesISBN 9782203009288

Le lecteur et le tintinophile avertis peuvent légitimement

se demander pourquoi «Tintin au Tibet» a-t-il été choisi

parmi tous les albums d'Hergé, pour honorer cette première

traduction en mongol ? Considérant la situation

géopolitique de la Mongolie, enclavée entre les deux

immenses empires de la Chine au sud et de la Russie au

Nord, chacun sans doute se prête à penser que «Tintin

au pays des Soviets» ou «Le Lotus bleu» aurait aussi

séduit le lecteur mongol ; ou bien encore, si l'on préfère

la dimension historique, «Le sceptre d'Ottokar», avec

cette fresque fictive de combats en pleine page, qui n'est

pas sans rappeler l'évocation des conquêtes dévastatrices

de l'empereur mongol Gengis Khan au XIII<sup>e</sup> siècle ou de

l'un de ses lointains descendants (ou du moins supposé),

Tamerlan, un siècle plus tard. En même temps le choix

s'impose de lui-même, dès qu'il s'agit de concilier le

lecteur mongol et le lecteur étranger débutant dans la

langue sur cet intérêt partagé de la culture mongole liée

à la religion bouddhique commune aux deux pays. Le

voyageur qui parcourt cette région du monde est en effet

frappé, lorsqu'il feuillette les pages de l'album, des correspondances

qu'il peut trouver entre certains de ses clichés

photographiques rapportés de son fabuleux voyage et les

dessins très documentés d'Hergé. Les monuments

religieux, la tenue vestimentaire des lamas et leurs instruments

de musique sont tout à fait comparables.

L'histoire atteste que, dès le premier millénaire, le bouddhisme

s'est diffusé très tôt en Mongolie, sous différentes

écoles et lignées. Il a même été déclaré religion d'état

sous Khubilai Khan, petit-fils de Gengis Khan, qui fut le

fondateur de la dynastie des Yuan en Chine (1277-1367).

Après la chute de l'empire et le reflux des Mongols vers

leurs steppes d'origine, la religion bouddhique en

Mongolie vit un second essor au XVI<sup>e</sup> siècle, sous l'impulsion

du prince Altan Khan (1506-1582), petit-fils de

Dayan Khan et descendant d'une branche cadette de

Gengis Khan. Vers 1570 Altan Khan se convertit au bouddhisme

de l'école des «Dge-lugs-pa» (littéralement :

«Les Vertueux», avec des variantes orthographiques

francisées en Gelugpa, Guéloukpa ou Guélougpa, ...),

plus connus familièrement sous le nom des «Bonnets

Jaunes», par opposition aux «Bonnets Rouges»

représentés par les moines de la tradition «Rnying-mapa»

(Nyingmapa). Parmi de nombreuses écoles, deux

autres courants majeurs viennent compléter le panorama

du bouddhisme tibétain : Les «Sa-skya-pa» (Sakyapa) et

les «Bka'-brgyud-pa» (Kagyupa) qui sont aussi allés au

contact des Mongols.

L'ordre des Gelugpa (les Bonnets Jaunes), fondé par Djé

Tsong kha pa (1357-1419) constitue sans doute la forme

du bouddhisme tibétain la plus connue en Occident,

notamment par la popularité de son chef religieux, le

Dalaï Lama, et c'est aussi celle qui est la plus diffusée en

Mongolie. C'est d'ailleurs à Altan Khan (cité plus haut)

que revient le mérite d'avoir attribué le titre de Dalaï

Lama au chef religieux de ce courant du Bouddhisme,

Seunam Gyatso (1385-1438). «Dalaï» est un terme

mongol signifiant «océan» [de sagesse pourrait-on compléter

dans ce cas]. Il fut décidé que Seunam Gyatso

serait le 3<sup>e</sup> Dalaï Lama, réservant ainsi le titre à ces deux

précédentes réincarnations. Altan Khan est aussi connu

pour être le fondateur de Koke Qota (la Ville Bleue),

capitale de la Mongolie Intérieure. Son successeur Abdaï

Khan (1554-1588) chez les Mongols Khalkha, fut aussi

converti au bouddhisme et édifia le grand complexe

monastique d'Erdeni Zuu («Monastère Joyau») encore

visible aujourd'hui, sur les ruines de l'ancienne capitale

des Mongols, Karakorin, détruite par les chinois en 1380.

Ce monastère a survécu à la folie destructrice du pouvoir

communiste qui avait rayé de la carte pratiquement tous

les temples pendant la période des purges staliniennes

entre 1933 et 1938. Sur environ 760 temples que

comptait la Mongolie, seulement quelques-uns en

réchappèrent, parmi lesquels le monastère de Gandan à

Oulan Bator qui, comme Erdeni Zuu, est redevenu un

haut lieu religieux très visité en été. Il a fallu en effet attendre

la libéralisation démocratique des années 90 pour

voir une renaissance des pratiques religieuses, la création

de nouvelles écoles monastiques et l'édification de nouveaux

temples près des sites ou des ruines des anciens

temples. Ce mouvement se poursuit encore aujourd'hui.

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