Le théâtre de Lagarce du point de vue de la joie : sur Derniers remords avant l'oubli et Juste la fin du monde

À première vue, une perspective de lecture du théâtre
de Jean-Luc Lagarce, qui associe son théâtre à la joie,
contrevient aux idées reçues qui tendent à le spécialiser
au contraire dans la défaite de la vie vouée à la maladie
mortelle, aux malentendus qui briment la communication
entre les êtres, à une souffrance sans issue... Il ne s'agit
pas tant, ici, de considérer le théâtre de Lagarce comme
une illustration littérale de la joie, mais selon sa capacité
à travailler cette notion de joie. Et la source étymologique
du terme, signifiant «lien», à titre de premier indice,
peut nous inciter à rendre compte de tous les réseaux de
communication tressés entre les personnages, y compris
dans leurs failles (plutôt que leurs faillites, puisque d'une
manière ou d'une autre, il y a bien communication, il y
a bien transmission de sens, dans les failles mêmes des
discours qui fondent aussi tout leur dynamisme, failles
et sens confondus auxquels les personnages de Lagarce
ne sont ni sourds ni insensibles, même si les mots voient
souvent leur sens déplacé). Le théâtre de Lagarce met bel
et bien en travail la question du lien , cette source lexicale
et sémantique fondatrice de la joie. Gilles Deleuze dans
son Abécédaire , passant par Spinoza, Nietzsche, Foucault,
munit la joie de ses zones d'ombre et de lumière, dit la
joie et son opposé, dit comment et pourquoi. C'est ainsi,
semble-t-il, que nous pouvons, à partir de sa réflexion,
lire - questionner - le théâtre de Jean-Luc Lagarce. À la
lumière, aussi, de quelques autres, Pascal, Bergson, Rosset,
la joie est ici examinée, en particulier dans deux pièces :
Dernier remords avant l'oubli , et Juste la fin du monde.