Le mythe de la violence religieuse

C'est une idée dominante : la religion promeut la
violence car elle est absolutiste, source de divisions et
irrationnelle. Mais peut-on séparer la violence "religieuse"
de la violence "séculière" ? C'est la question
que pose William Cavanaugh dans cet essai magistral
publié simultanément aux Presses de l'Université
d'Oxford et en France.
Au coeur du problème, l'invention d'un concept universel
de "religion" accompagnant l'émergence de
l'État moderne et la marginalisation de l'Église.
L'examen historique des «Guerres de religion» révèle
qu'on ne peut isoler le facteur religieux de la résistance
des élites locales face aux menées centralisatrices des
souverains. L'État-nation s'est approprié le sacré,
devenant lui-même l'objet d'une nouvelle "religion"
exigeant une loyauté exclusive conduisant à la guerre.
En Occident, le mythe de la violence religieuse est une
arme pour limiter le rôle public des chrétiens. En politique
étrangère, il légitime la «guerre libérale de libération»
contre les sociétés non-séculières.
Cavanaugh déconstruit brillamment un mythe fondateur
de la modernité et ouvre de nouvelles voies à la
réflexion sur l'origine de la violence.