Ne plus ultra : Dante et le dernier voyage d'Ulysse

Ne plus ultra : Dante et le dernier voyage d'Ulysse

Ne plus ultra : Dante et le dernier voyage d'Ulysse
Éditeur: Belles lettres
2016395 pagesISBN 9782251420615
Format: BrochéLangue : Français

Franchissant les Colonnes d'Hercule, Ulysse et ses compagnons

s'aventurent vers l'inconnu, sur l'Océan, en quête de

l'expérience inouïe du «monde sans habitants». Leur navire

emporté par un tourbillon, ils disparaissent corps et biens.

Prenant appui sur le récit de Dante, au Chant XXVI de L'Enfer ,

l'essai avance un questionnement dans plusieurs directions.

À côté d'une problématique de la mémoire et de la transmission,

le destin d'Ulysse conduit à interroger l'entreprise même d'explorer

le monde, avec les interdits qu'elle ne cesse à la fois de braver et de

susciter, mobilisée de l'intérieur par des pulsions qui n'accèdent pas

toujours à la lumière, mais aussi de l'extérieur par la présence insistante

de recoins inaccessibles dans un monde de moins en moins hospitalier.

En retravaillant, avec Blumenberg, le thème de la non-fiabilité

du monde, la voie est ouverte à un approfondissement qui dirige

l'interrogation vers quelques métaphores décisives, en particulier

celles qui relèvent de la navigation et du naufrage. En un champ à

la fois métaphysique, historique et éthique, parfois théologique, on

tente au fond de dégager les réquisits premiers de toute découverte du

monde et d'esquisser ce qu'en termes phénoménologiques on pourrait

appeler une archéologie de l'exploration du monde. Bref, on décrit

la figure singulière, historique et concrète, que prend dans l'espace

terrestre le partage du connu et de l'inconnu, ce partage même qui

oppose le «monde habité» et le «monde sans habitants», et que

déstabilise radicalement, au début des Temps modernes, l'irrésistible

fièvre qu'a l'homme de connaître son monde.

Je relis L'enfant d'Agrigente , je relis Le latin mystique ,

je relis Curtius, Auerbach, Pierre de Nolhac... : je les

réunis en esprit dans une collection idéale qui satisfait

à la conception que je me fais de l'essai. Le mot est à la

mode et désigne un genre polymorphe : essais historiques,

scientifiques, politiques, critiques ; tantôt l'exposé d'un

point de vue brillant et instantané, proche du pamphlet,

tantôt la quintessence de recherches patientes dans un

champ disciplinaire donné. C'est plutôt ainsi que je vois

la création d'une collection intitulée «Les Belles Lettres/ essais ».

Dans le paysage éditorial français, notre maison se

distingue par la place qu'elle réserve à l'érudition, cette sévérité,

qui est de fondation, est son honneur. Elle se distingue

aussi par la place éminente donnée à des langues et à une

culture qui sont de plus en plus l'apanage de spécialistes.

Mais l'érudition n'est pas cuistrerie et il arrive que la spécialité

partagée vienne enrichir d'un éclat irremplaçable la

culture universelle. Seulement, il faut, pour cela, infuser à la

philologie une âme, c'est-à-dire de l'amour - et un style.

Ou, comme sur la monnaie d'Auguste, à la lenteur cuirassée

du Crabe marier la légèreté du Papillon<sup>1</sup>. C'est le

rôle de l'essai, essai en ce sens aussi que, relevant ce défi,

on a mesuré la part de risque.

P.L.

1. Revers de l'aureus frappé en 19 av. J.-C. par le triumvir monetalis

M. Durmius. Notre image est empruntée aux Sententiose Imprese di monsignor

Paolo Giovio et del signor Gabriel Symeoni , ridotte in rima per il detto Symeoni,

Lyon, G. Rouille, 1561, p. 11 («Festina lente»). Cf. W. Deonna, «The crab

and the butterfly: a study in animal symbolism», JWCI , LXV (1954), p. 67

suiv. ; I. Calvino, Leçons américaines , Gallimard, 1989, Deuxième Conférence :

«... Bizarres l'une et l'autre, l'une et l'autre symétriques, ces deux formes

animales établissent entre elles une harmonie inattendue».

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