James Turrell : la perception est le médium

Eu égard au magma de commentaires dont est actuellement l'objet la notion même d'art, il n'est pas aussi innocent qu'il y paraît d'en revenir à une certaine simplicité (ou à une certaine ingénuité), quelles que soient les évidences que l'on se risque, ainsi, à énoncer. Le besoin, sinon la nécessité, d'un retour à l'élémentaire se justifie plus particulièrement du fait de l'accumulation hétérogène des études qu'appellent depuis plusieurs années les beaux-arts, toutes disciplines confondues, depuis les sciences humaines jusqu'aux sciences dites exactes. Tout se passe en effet comme si l'histoire de l'art - et l'évolution de la critique d'art - étaient tout à coup devenues, sinon incapables, en tout cas insuffisantes pour rendre raisonnablement compte, aujourd'hui, du phénomène esthétique.
À l'heure où l'art rompt avec ses intentions figuratives, James Turrell entreprend, dans le cadre du projet Art & Technology (1968), de mettre les techniques optiques les plus élaborées au service d'un renouvellement paradigmatique du statut du spectateur: de voyeur, il devient acteur et créateur de sa propre perception, confronté à un art suggestif et non plus représentatif. Qu'il s'agisse d'installations monumentales en milieux naturels ou de Perceptual Cells , les équivalences émotionnelles entre l'oeuvre et l'individu sont rétablies car il n'est plus question ici d'objet mais de «donner sens au sensuel».