Pierre Bourdieu : les champs de la critique

Pierre Bourdieu est l'un des penseurs majeurs du XX<sup>e</sup> siècle. Il a utilisé et forgé des
concepts sociologiques qui ont eu un écho international. Il a aussi produit une
connaissance fine de la société française, des années soixante aux années quatre-vingt-dix,
dans de nombreux domaines : école, musées, photographie, littérature, intellectuels,
patronat, haute fonction publique, sondages, droit, médias, souffrance
sociale, domination masculine, etc.
Un an après sa disparition, le colloque dont il est rendu compte dans cette publication,
a voulu faire entendre à des citoyens curieux, non nécessairement familiers des
milieux universitaires, la pensée d'un sociologue réputé difficile. Tout à la fois très
connu d'un public qui le considère comme une figure emblématique de l'intellectuel
engagé, du fait de ses prises de position politiques et sociales depuis 1995, Pierre
Bourdieu est aussi trop méconnu quant aux concepts qu'il a travaillé et qui ont
ouvert de nouveaux champs à la critique sociale. Se côtoient dans les actes de ce colloque
des chercheurs en sciences sociales, faisant le point sur les différentes arêtes
de son univers conceptuel et des intervenants aux profils variés (syndicaliste, enseignante,
magistrat, journaliste, artistes), évoquant de manière vivante et concrète comment
cette pensée a trouvé des échos dans leurs expériences professionnelles ou
leurs activités militantes. Tant il est vrai, comme le disait Malraux, que les pensées
sont faites «pour être vécues».
L'ensemble constitue une des rares présentations systématiques des concepts sociologiques
de Pierre Bourdieu, dans une double visée pédagogique et scientifique,
aujourd'hui disponible. Est alors esquissée une vision synthétique, détaillée et
contrastée de la sociologie de Pierre Bourdieu, y compris en pointant certaines de ses
insuffisances. Car une grande pensée vivante ne peut se passer du mouvement de sa
propre mise en question. Pierre Bourdieu lui-même n'affirmait-il pas qu'«on ne doit
pas attendre de la pensée des limites qu'elle donne accès à la pensée sans limites» ?