Création

«Je suis aveugle, mais je ne suis pas sourd.
Malheureusement, car je n'aurais pas eu à écouter,
hier, un soi-disant historien dont le récit des guerres
que les Athéniens affectent d'appeler "médiques"
fut d'une telle stupidité que seuls mon grand âge
et mon statut précaire m'empêchèrent de me lever,
et là, dans l'Odéon, de lui faire une réponse
qui aurait scandalisé tout Athènes.»
Nous sommes en 445 avant notre ère, dans l'Athènes
de Périclès. Cyrus Spitama, petit-fils et héritier
spirituel de Zoroastre, premier prophète
du monothéisme, est ambassadeur de Perse
à Athènes. Il vient d'entendre Hérodote d'Halicarnasse
raconter la défaite des Perses à Salamine
plus de trente ans auparavant. Et il s'insurge :
«Moi, je connais l'origine des guerres grecques.
Lui non. Comment le pourrait-il ? Comment un Grec
le pourrait-il ? J'ai passé la plus grande partie
de ma vie à la cour de Perse et maintenant encore,
dans ma soixante-quinzième année, je sers
le Grand Roi, comme j'ai servi son père
- Xerxès, mon ami bien-aimé - et le père de son père,
un héros que même les Grecs connaissent
sous le nom de Darius le Grand.»
Cyrus Spitama se met alors à dicter ses mémoires.
Il nous invite à la cour de Suse et de Babylone,
évoque les guerres avec la Grèce et nous emmène
dans ses voyages en Inde et jusqu'en Chine.
À la recherche de nouvelles routes commerciales,
il en profite pour s'initier à tous les secrets, rituels
ou croyances pour s'interroger sur la création
de l'univers, dans le sillage des grands penseurs
de son époque, tels que Bouddha ou Confucius.
Aujourd'hui reconnu comme l'une des figures
majeures de la littérature américaine contemporaine,
Gore Vidal signe ici un grand roman historique
dans la lignée de Julien.
«Gore Vidal ou la passion du roman historique
qui rapproche brutalement de nous un passé
qui nous ressemble de façon troublante.»
- Italo Calvino