Un chasseur de lions

Il y a vingt-cinq ans, dans un livre acheté en Patagonie, je
découvrais l'existence d'un pittoresque aventurier français de la
fin du XIX<sup>e</sup> siècle. Trafiquant d'armes, magnétiseur, chercheur de
trésors, explorateur, hâbleur, il avait mené en Terre de Feu une
expédition qualifiée de «funambulesque». Bien des années plus
tard, j'apprenais qu'il était aussi un ami de Manet, et que le peintre
d' Olympia avait fait de lui un curieux portrait en chasseur de lions.
Voici, romanesque et romancée, leur histoire croisée. On y
passe des Grands Boulevards aux rives du détroit de Magellan, on
y traverse des révolutions au Pérou, la Commune de Paris et la
Semaine sanglante, on y croise Mallarmé, Berthe Morisot, une
comtesse pétroleuse, un mutin sanguinaire, une femme sauvage, de
supposés cannibales... Au fond du paysage, il y a aussi l'auteur, à
la recherche du temps qui a passé : seule chasse où l'on est assuré
d'être, au bout, tué par le fauve, seule exploration qui finit toujours
sous la dent des anthropophages.
O. R.