1917, l'année des occasions perdues

À la fin de 1916, aucun des deux camps n'a fait la différence.
Les Allemands ont échoué devant Verdun, les Français et les
Anglais sur la Somme. Les pertes sont considérables. Peut-on
mettre fin aux hostilités ? Deux événements essentiels vont se
produire, qui feront de l'année 1917 le grand tournant de l'histoire
de l'Europe, et peut-être même du monde.
1917, c'est d'abord l'année des deux révolutions russes,
la démocratique en février, la bolchevique en octobre. Au lieu
d'une démocratie libérale, la brutalité léniniste met en place un
régime totalitaire qui se veut socialiste et internationaliste, mais
qui est en réalité profondément national. L'idéologie socialonationaliste
qui imprègne le léninisme attire une part importante
de l'intelligentsia allemande (de Thomas Mann à Spengler, et
plus tard Ernst Jünger) et renforce son anti-occidentalisme. La
révolution léniniste va conduire à la «Révolution conservatrice»,
une des matrices du national-socialisme, et accélérer la révolution
culturelle (dadaïsme, futurisme et surréalisme).
1917, c'est aussi l'entrée en guerre des États-Unis, qui
ne viennent pas seulement aider l'Entente, mais aussi détruire
l'équilibre européen et lui substituer un ordre affaibli que les
États-Unis pourront contrôler.
1917, c'est enfin l'année des tentatives de paix qui avorteront
par suite de l'inexpérience et des maladresses de leurs auteurs
(Charles I<sup>er</sup> d'Autriche et le pape Benoît XV) et parce qu'elles
se heurtent à l'anticléricalisme de la France et de l'Italie, ainsi
qu'à l'anti-papisme du président Wilson qui se refuse à voir un
pape arbitrer les relations internationales.
Dès lors, les passions nationales l'emportent. La prolongation
de la guerre entraînera la mort d'un million de combattants,
accentuant le déclin de l'Europe et sa balkanisation, favorisant
l'éclosion de mouvements autoritaires puis totalitaires, dans un
engrenage qui conduira à la Seconde Guerre mondiale.