Communication & langages, n° 195. Mythologies de la route

Mythologies de la route
La route - étymologiquement via rupta , voie rompue, frayée - renvoie tout à la fois au mouvement (se déroulant dans le temps), au lien (entre deux segments) et à la quête (d'un ailleurs, de l'autre, de soi). Figure du cheminement, principe de l'itinéraire, la route décrit aussi le territoire et sacralise le voyage. En tant que ligne tracée dans un espace, elle reste généralement étudiée dans sa fonction d'usage de voie de circulation. La dimension imaginaire qu'elle déploie déborde cependant son appréhension fonctionnelle ordinaire.
Au-delà du sens directionnel qui la fonde comme simple instrument de passage, la route supporte et projette par sa forme des significations croisées ; son évocation suffit parfois à exprimer la découverte, la rencontre, l'errance, la solitude, l'espoir ou la liberté. Si, comme l'a analysé Roland Barthes, le propre du mythe est de « transformer un sens en forme », comment la forme de la route fait-elle sens ?
Ce dossier de Communication et Langages envisage la route comme forme d'expression ouverte pour mieux saisir les mécanismes par lesquels s'édifient ses propres mythologies. Au regard des usages qui l'actualisent ou des médiations qu'elle met en oeuvre, il s'agit ici - en se limitant à l'analyse de la route terrestre et de ses variantes rurales ou urbaines - d' entrer dans la fiction de la route, d'investir ses langages et de fissurer ses légendes. La trajectoire suivie à travers ses mises en récit, ses représentations intimes, ses paysages ou ses attributs dessine ainsi les linéaments de la route prise comme espace du mythe.