La République trahie : l'affaire des fuites, 1954

<<en affaire="" date="" de="" est="" la="" trahison=""/>> disait joliment Talleyrand. L'année 1954 semblait la bonne date pour ces artificiers qui avaient préparé la mèche sous le gouvernement de René Mayer, l'allumaient sous celui de Joseph Laniel, pour mieux faire exploser l'ensemble de l'édifice républicain pendant celui de Pierre Mendès France. La IV<sup>e</sup> République, combattue par les gaullistes et les communistes, aux prises avec la question nouvelle de la décolonisation et l'implacable guerre froide en toile de fond, réussissait : la reconstruction, la modernisation du pays ; entamait la construction de l'Europe, poursuivait les recherches nucléaires. Une pléiade de talents et d'intégrités donnaient leur pleine mesure : René Mayer, Edgar Faure, Bourgès-Maunoury, Félix Gaillard, Mendès France.
En juin 1954, le gouvernement qu'allait diriger Pierre Mendès France, et dans lequel François Mitterrand était ministre de l'Intérieur, allait être la cible de ces <<tueurs/>> implacables décidés non seulement à les discréditer, à les éliminer, mais en même temps à en finir avec cette République ou, peut-être, avec la République tout court. La République trahie montre l'évolution dramatique d'un triptyque ; passant de la trahison des généraux à l'affaire des piastres, pour finir avec les fuites de documents ultra-secrets dont on voudrait rendre responsables Mendès France et Mitterrand. On apprend que les relations entre ces deux fortes personnalités, amicales en apparence, étaient assez ambiguës. On découvre un préfet de police paranoïaque ; un commissaire de police bien étrange, constituant son réseau comprenant un bagnard évadé, un indicateur qui se donne à qui paye. On peut suivre, enfin, tous les dysfonctionnements ayant donné de l'ampleur à l'affaire. Pour finalement constater, étrange paradoxe, que les hommes politiques ont agi avec professionnalisme et conscience, alors qu'il était de bon ton, comme aujourd'hui, de les blâmer et de les charger de tous les péchés.