Voir la Vierge

«En 12..., près de Bordeaux, alors possession anglaise,
le Baron Hocrin de noble lignée anglo-saxonne, dans son
fief, à l'écart des agitations guerrières, s'adonnait à la
métallurgie. Il avait maintes fois voyagé dans le Saint
Empire romain germanique et jusque Cordoue pour s'initier
à la forge auprès des maîtres armuriers. Ils lui avaient
transmis leur savoir et leurs secrets qu'ils tenaient, selon
la légende, des antiques forgerons de Rhode. Ainsi Hocrin
passait ses jours à fondre l'acier et à tremper les lames. Il
savait les tabous du fer, les rites du feu et les mancies de
l'eau, il savait que de manipuler le fer entraînait la
malédiction. Forger le fer, c'était capturer les ombres et
marteler le sang des esprits. Il voulait réaliser le tranchant
parfait».
De champs de bataille en officines occultes, d'instruments
de torture en livres apocryphes, de Prague à Campêche,
de Vienne à Londres, en passant par des cités perdues et
d'autres géographies oubliées, les nouvelles de ce recueil
sont autant d'aventures que d'ouvertures sur l'imaginaire.
Et quand rodent les ombres de Jack l'Eventreur, quand se
croisent femmes alchimiques et putains hantées,
bestiaires fabuleux, conquérants, pirates, bourreaux et
érudits, on assiste à la rencontre de la barbarie et de la
préciosité, d'une cruauté et d'un raffinement qui s'en
prennent au corps comme à l'âme : ici, la chair appelle le
couteau, là l'esprit attend la malédiction.
Dans un style dense et charnu, qui fouille la phrase et le
verbe dans leurs oeuvres vives, Arnaud Bordes interroge la
mélancolie qui, alors, est moins tristesse ou humeur noire
qu'un itinéraire, pavé de pourpre sanglante, vers l'au-delà
des apparences.