Rose saignée

Les femmes
se révoltent
se mettent en mouvement
luttent...
Nous prenons la parole : notre parole est remise dans l'ordre, intégrée, récupérée par les institutions.
Nous pensons notre lutte de femmes : les théoriciens de la « question féminine », en nous censurant, reprennent et s'approprient notre travail.
Nous écrivons notre révolte : nous sommes exploitées et patronnées par les éditeurs capitalistes qui s'enrichissent sur nos corps et nos textes.
Conscientes d'être particulièrement opprimées dans leur rapport à la lecture, à l'écriture, à l'objet-livre et à tout ce qui touche à une culture et un savoir monopolisés de tous temps par les hommes, beaucoup de femmes maintenant prennent la plume ; nous la prendrons d'autant plus facilement qu'il n'y aura pas à demander d'autorisation, à avoir des idées séduisantes et commerciales, à passer des examens d'écriture.
Nous publierons et diffuserons le plus largement possible, sans censure, ce que les femmes inscriront de leur révolte à travers le mouvement international de libération.
Vive la lutte des femmes - Vive la lutte des classes.
Des femmes
du M.L.F.
éditent
Rose saignée
Xavière Gauthier
Istambul, fictive, réelle, transportée aux quatre coins du monde, sert de crique au délire furieux d'une femme en proie à la « meute masculine ». Eux sont à la recherche du « beau sexe » (mâle) dans les musées, et Elle, se roule dans la honte et la puanteur de son « absence de sexe ». Istambul, ghetto, cloaque, boursouflure d'un désir en impasse...
Le voyage, commencé au bord du trou innommable, s'enlise dans les replis vulvaires, dévoreurs imaginaires. Elle devra se liguer avec les « porteurs de sexe » pédérastes pour lapider la mère, la déchirer, la couvrir de caresses qui la tuent...
« L'idéal, évidemment, serait d'écrire sans fin ni loi », mais la loi traverse et déchire toutes les échappées...