Gabrielle Russier, Antigone

Qand je pense à Gabrielle Russier, quarante
ans après l'«affaire», je vois surtout son
visage. Je le vois en face de moi, dans le
grand amphithéâtre de la Faculté des
Lettres d'Aix où elle était assise aux
premiers rangs tandis que je donnais un
cours sur l'oeuvre d'Éluard, très attentive,
très motivée. Puis je la vois sur ces très
beaux portraits d'elle que devait faire plus
tard le peintre Cueco : un merveilleux profil.
Si je dis cela, c'est qu'avec le temps il arrive que les images
demeurent en mémoire mieux que les faits...
Quel tour prendrait aujourd'hui une telle affaire ?
Je préfère ne penser ni au passé ni à l'avenir. Et me contenter
du présent. Cette image, si belle de Gabrielle sur la
couverture d'une réédition de mon livre. Ce portrait de
Cueco. Elle est là, Antigone, étonnamment présente.
Raymond Jean