Beethoven

Cet instinct, ici, décide tout, étonnamment ; c'est lui qui donne à
Beethoven sa claire aversion pour une manière de vivre pareille à celle
de Haydn. D'ailleurs, un regard jeté sur le jeune homme eût suffi pour
enlever à tout prince l'idée d'en faire son maître de chapelle. Mais ces
tendances natives de son âme apparaissent surtout remarquables,
dans les traits caractéristiques qui ont préservé Beethoven d'une
existence misérable, comme celle de Mozart.
Les deux maîtres étaient partis d'une situation égale : tous deux
placés, sans fortune personnelle, dans un monde où les choses utiles,
seules, sont payées ; où les choses belles doivent, pour être récompensées,
flatter les goûts extérieurs ; où les choses sublimes demeurent,
nécessairement, sans rémunération. Et dans un tel monde,
Beethoven, bien plus que Mozart, s'est trouvé, toujours, empêché de
plaire par la beauté de ses oeuvres.